Pascal Quignard et la part animale

Il y a une part animale en nous que Quignard, en élève de Georges Bataille (cité à plusieurs reprises dans ses livres, loué dans Rhétorique spéculative), conserve et étaye des découvertes nouvelles de la science. Si nous nous étonnons de trouver les mots du registre scientifique dans les livres de Pascal Quignard, celui-ci s’étonne et regrette que les écrivains et philosophes ne soient pas plus intéressés des résultats publiés dans les revues de biologie, d’anthropologie, de linguistique, etc.

Et s’il est vrai que l’animal, en tant que tel, n’a jamais pu être accaparé par le discours philosophique, de Platon en passant par Kant, Hegel jusqu’à Heidegger et même Lacan, c’est que, selon le mot de Jacques Derrida, l’animal n’existe pas. Non seulement il n’y a pas quelque chose qui s’oppose à l’homme et qui par cette opposition serait l’animal. Mais il n’y a pas d’animal en tant que tel, pas de réel partage définitoire entre un ver, un insecte, un singe.

Ce qu’il y a éventuellement, et là-dessus Quignard se fait de plus en plus précis, c’est du vivant, homme inclus.

Les sciences nous apprennent que l’homme ne descend pas du singe, qu’il n’est pas le sommet de l’évolution ; qu’il n’y a pas de réelle distinction entre inné et acquis ; que les champignons ne sont pas des végétaux ni les bactéries des animaux ; qu’il n’y a pas d’«animal» ou de «végétal» en tant que tel. Au fil des livres d’ailleurs, Quignard poursuit sa recherche : Les hommes comme tous les animaux ne sont pas achevés […] Pas de voix humaine / rien que des restes de brame imités qui / jouent avec des plaintes arrachées. // En amont même des végétaux / en amont même de la nature / en amont même de la mer / en amont même des nuages au-dessus de la / mer / en amont même du ciel / une immense explosion domine.

 

Benoît Vincent

«Le revenant, sur Pascal Quignard» 

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502567

Crédit photo : REUTERS/Jack Dabaghian JD/CRB

 

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour Pascal Quignard et la part animale

  1. Nous sommes loin de l’animalis rationalis qu’on nous enseignait naguère en philosophie (Rursus amor creatus quadruplex est: naturalis, animalis, rationalis, intellectualis, quibus addit Dyonisius amorem increatum divinalem).

  2. Arlette dit :

    Ah!! Quignard toujours surprenant !! et si diversifié
    J’aime beaucoup Brigetoun tes petites lectures du matin bien choisies un plaisir rare Grand Merci même si je n’écris pas chaque fois Arlette

  3. Même si les animaux ne jouent pas tous de la musique (à part, notamment, les oiseaux, Messiean le sait).

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