Traduire

Traduire la littérature contemporaine turque n’a pas tout de suite été un premier choix pour moi. Une des raisons majeures étant que je me suis focalisée sur les littératures anglo-saxonnes et hispaniques dans le cadre de mes études universitaires. J’avais commencé à traduire de l’anglais en français, puis petit à petit, au fil de mes lectures d’auteurs contemporains turcs, je me mettais à traduire les textes en français, d’abord dans mon esprit, pour écouter comment ça sonne, puis dans l’écriture, pour voir si ça se lit. Je dois cette capacité à penser dans différentes langues à mon éducation dans une famille turque, au coeur d’une ville multilingue comme Bruxelles, et à mes choix en tant qu’adulte de vivre dans différentes villes européennes, tout en gardant un lien fort avec mon pays d’origine.

On ne traduit que dans sa langue maternelle, dit-on. Moi je traduis de ma langue maternelle dans une de mes langues d’adoption, ce qui bien entendu influence mes choix de traduction. Comme lorsque je décide de ne pas expliquer certains concepts afin de ne pas rendre le texte « exotique ». Je ne guide pas toujours le lecteur dans la compréhension de la culture avec des notes en bas de page, sauf quand je n’ai plus d’autre choix. Certaines expressions sont intraduisibles, et j’échoue. Cette frustration est insurmontable, également dans la vie de tous les jours. Depuis que je suis toute petite, j’ai voulu dire aux gens que je ne connais ou pas et que je croise dans la rue en train d’accomplir une tâche, « Kolay gelsin », deux mots simples et qui pourtant disent tant : « que votre tâche vous soit facile », ridicule en français et hors de propos, mais un simple souhait, une façon de dire que l’on a vu l’autre et qu’on l’exprime. C’est ce sentiment-là, cette approche aux relations humaines, cette perspective de la langue que je m’efforce de traduire dans les textes. L’expression même d’une langue que je ressens au plus profond de moi que je veux faire ressentir dans une langue que je maîtrise et qui me parle de la même façon.

Je ne traduis pas dans ma langue maternelle, je traduis depuis une des langues que je ressens vers une des langues avec laquelle je m’exprime.

Canan Marasligil

«Meydan la place»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505520

image http://www.rhiz.eu/attachment-64469-en.html ou Publie.net

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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