perle jetée au feu ne reste que la cendre

perle jetée au feu ne reste que la cendre est une phrase tombée sans prévenir, qui tranche dans l’amorphe, coupe la main qui l’écrit, fait tâche rouge et le vif qui coule dans les plis des lignes creusées à l’intérieur du poing fermé, faut pas croire, une ligne – de vie ou d’amour – ne suffirait à toutes langues qui bruissent et brûlent, à cela qui grouille du babil d’Europe, des exils, des histoires, des frontières, des murs abattus puis maçonnés reconstruits dans les têtes, des murs exportés hors des limites de notre farce continentale au feu ne reste qu’

une phrase

tombée de la main, qui fait mal, qui tranche dans la survie, anticipe le moment où il faudra dire, ceci n’est plus et ce que furent les derniers mots, les derniers vœux, pour l’après, pour ce temps de l’après, du plus rien après, sinon ce temps qui se passe de tout, de tous, ce temps qui ne se sait pas temps, à quoi bon quelque chose, une pierre ou autre, rien qu’une phrase qui dispose, dernier caprice, dernière volonté, vous ferez ceci, ceci vous le ferez, creuserez dans le ciel ; perle jetée au feu ne reste que la cendre ;

la phrase est

tombée n’est pas tombée, s’est levée dans le souvenir entêtant d’une autre phrase, d’une voix derrière cette autre phrase : je veux être incinérée et cela se transforme, ride et aggrave ride dans la pensée, perle qui vient en place du pronom je, comme si j’étais ventriloque, que le pronom était dibbouk, elle avalée qui parle en moi ;

la phrase

commence là, s’est écrite pour effacer celle qui continue et fut pourtant première et la répétant, celle qui commence, recommence, perle jetée au feu ne reste que la cendre, la répétant, la répétant, c’est l’invention de l’encre qui vient, une calcination avant la pluie ou le dessin des larmes dans la poussière, le dessein, le destin, les pulsations qui donnent folie à douleur, ce harcèlement qui ronge de l’intérieur, l’obéissance inéluctable à la voix et la loi avalées ; encre, bile fétide, humeur noire, présence ruminée, ressassée, reproche fait au temps qui dure, qui tient, ne lâche pas, encre à pattes de mouches qui vibrionnent, déposent leurs œufs de silence qui vont germer germiner pulluler dans ce qui reste de la chair avant le moment où il faudra oublier

Michaël Glück

«Perle jetée au feu»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505698

image : pour la couverture, crédit Michel Julliard

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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5 commentaires pour perle jetée au feu ne reste que la cendre

  1. Le parcours d’une phrase dans les cendres de la terre. Une belle lecture en perspective.

  2. Vasco dit :

    beau et drôle, comment ne pas aimer ?

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  5. rechab dit :

    mais à part çà, l’illustration… on dirait un R Combas ??

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