Pline à la villa de Toscane (lettre à Fuscus)

Vous me demandez comment se passent mes journées, l’été, dans ma villa de Toscane ? Je m’éveille quand il me plaît, d’ordinaire vers la première heure, souvent plus tôt, rarement plus tard. Mes fenêtres demeurent fermées : il est remarquable, en effet, combien je puis, à l’abri de tout ce qui distrait grâce au silence et à l’obscurité, libre et livré à moi-même, non pas assujettir mon attention à mes yeux, mais mettre au service de mon esprit mes yeux qui voient tout ce que voit mon esprit aussi longtemps qu’ils ne sont pas sollicités par un autre spectacle. Si j’ai quelque ouvrage en chantier, je compose de tête, je compose jusqu’aux mots, semblable à celui qui écrit et corrige, tantôt plus, tantôt moins selon que j’ai trouvé plus ou moins de difficulté à élaborer et à retenir. J’appelle alors un secrétaire et, fenêtre ouverte, je dicte ce que je viens de mettre en ordre ; il sort, puis une seconde fois, ce secrétaire et rappelé et renvoyé.

Vers la quatrième ou la cinquième heure, car mon temps n’est pas réparti rigoureusement, je me rends sur la terrasse ou sous la colonnade voûtée, selon le temps ; là, je compose et je dicte la suite de mon travail. Puis je monte en voiture, et, l’attention soutenue, rafraîchie par le changement même, je me livre au même travail qu’à la promenade ou dans ma chambre. Je dors encore un peu, puis je me promène et, ensuite, je lis un discours en grec ou en latin, d’une voix claire et ferme, moins pour fortifier mes cordes vocales que ma poitrine, bien que les deux y trouvent également leur compte. La promenade se poursuit, puis viennent le massage, les exercices et le bain.

Pendant mon repas, si je me trouve avec ma femme ou quelques amis, on lit un livre ; entre ensuite un acteur ou un musicien ; puis je me promène avec mes gens parmi lesquels il s’en trouve de fort savants. C’est ainsi que par des conversations variées le temps se passe jusqu’au soir et, si long que soit le jour, il s’achève bien vite.

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Pline le jeune

Correspondance

10/18

image http://www.marina-hotel.com/Toscane/visita_toscana.htm

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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4 commentaires pour Pline à la villa de Toscane (lettre à Fuscus)

  1. francisroyo dit :

    Pas encore de Costa, au loin, naufragé près de l’île…

  2. Quelle modernité dans cet extrait. Enlevez le nom de l’auteur et relisez ce texte. Si contemporain. Si près de nous. Décidément il est des auteurs qui se refusent à être oubliés.

  3. Pline, Montaigne, Proust; cependant ne pas croire que la sagesse ou la littérature seraient forcément liées à l’oisiveté et à la richesse

  4. brigetoun dit :

    oisiveté très relative en l’occurrence (ou les avocats, maires, propriétaires terriens et écrivains sont tous des oisifs)

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