La trace sacrificielle

Pas de phrase qui ne se décompose d’abord en moi dans le goût qui me conduit à en analyser la figure (le rythme de destruction). D’où l’attention passionnée pour la ponctuation, la trace sacrificielle, annulatrice. La place des plaies. Si la phrase sur laquelle s’arrêtent mes yeux peut être transformée, ou si sa forme n’a pas épousé une construction intransposable : déception, ennui, quel que soit le sens. Quand je lis ma tête récrit tout, sacrifie tout, tue mieux, change. Les grands textes pour moi : où je ne déplace rien. Les mains, les pieds, la lance sous le téton du sein.

(C’est-à-dire : les textes sans metaphora. Traduits en eux-mêmes. Où le transport qu’ils suscitent résulte de ce transport en eux-mêmes.

Ce transport est le transport, la metaphora, la métamorphose d’un mort dans son corps. On voit dans les ports de Grèce des petits chariots bleus sur lesquels est écrit en lettres blanches : metaphora. Ce sont des brouettes.)

Pascal Quignard

«IIIe Traité : Le Misologue»

«Petits Traités»

Folio

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour La trace sacrificielle

  1. Le rythme de destruction des phrases, est-ce par souci de construction d’une logique d’écriture? Intéressant.

  2. Ping : La trace sacrificielle | ~ Substrat ~ | Scoop.it

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