Château de Crawley-la-Reine

Depuis quelque temps, ma chère, il a cessé d’être le palais de l’Ennui, Miss Crawley est arrivée avec ses chevaux gras, ses domestiques gras, son épagneul gras ; oui, l’immensément riche miss Crawley, avec ses soixante-dix mille livres sterling placées à cinq pour cent, devant laquelle ou plutôt devant lesquelles ses deux frères sont en adoration. Elle a l’air apoplectique, cette chère âme : il n’est donc pas étonnant que ses deux frères se montrent si fort aux petits soins pour elle. Il faut les voir rivaliser d’empressement à lui apporter un coussin ou à lui présenter son café ; elle dit (car elle n’est pas sotte) : «Quand je viens ici, je laisse chez moi miss Biggs, ma demoiselle de compagnie. Mes frères sont ici mes demoiselles de compagnie, et tout le monde n’en a pas, je vous jure, une paire semblable !»

Quand elle vient à la campagne, le château tient table ouverte, et, pendant un mois au moins, on croirait que le vieux sir Walpole est revenu l’habiter. Nous avons de grands dîners et nous allons à quatre chevaux, les laquais endossent leur livrée canari la plus neuve ; on boit du bordeaux et du champagne comme si c’était l’ordinaire de toute l’année ; nous avons des bougies de cire dans la salle d’études et du feu pour nous chauffer. Lady Crawley met sa robe la plus splendide, et mes élèves quittent leurs gros souliers et leurs jupes de tartan vieilles et écourtées pour porter des bas de soie et des robes de mousseline, comme il convient aux élégantes demoiselles d’un baronnet.

Quel admirable élément de paix et de concorde que l’argent !

Un merveilleux effet de la présence de miss Crawley avec ses soixante-dix mille livres se manifeste surtout dans la conduite des deux frères Crawley, le baronnet et le ministre, qui se détestent pendant toute l’année et se montrent les meilleurs amis du monde à la Noël.

Thackeray

« La Foire aux Vanités »

Folio classique

image http://lemagazine.info/?Ravissement-dans-les-jardins

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Château de Crawley-la-Reine

  1. Je voudrais pouvoir imaginer, avec un retour dans le temps, la vie de tous les jours dans ces châteaux à table ouverte. Intrigues et Complots pourrait être le titre d’un roman sur ces gens riches et célèbres. « Si la vengeance est une mauvaise pensée, elle est au moins naturelle ».

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