nuit du 24 au 25

Je n’ai pas allumé la lumière. Je me doutais qu’elles ne seraient pas dans leur chambre. Dans la pénombre, j’ai vu la forme que faisait la grande, endormie sur le canapé. Le sapin clignotait et éclairait par intermittence le visage de Margot. Elle avait mis une couverture sur le carrelage, l’avait étendue sous l’arbre et elle dormait là. Je suis allée chercher les cadeaux dans le garage. Je les ai disposés au centre du salon. La petite a ouvert les yeux. Elle a eu l’air étonnée de me voir. Et puis j’ai compris que c’était parce que j’avais des cadeaux dans les bras.

– Le père Noël les a laissés devant la porte. Je te l’avais dit, il ne vient que s’il est sûr que les enfants dorment bien dans leur chambre.

Elle a paru rassurée, s’est réveillée tout à fait en se frottant les yeux, m’a embrassée et s’est mise à sauter dans tous les sens, à trépigner dans son pyjama en poussant des cris hystériques. La grande s’est retournée plusieurs fois, a grogné qu’elle dormait, s’est enfouie dans sa couverture et a fini par ouvrir les yeux.

– Bonjour maman. Il est quelle heure ?

– Cinq heures du matin. Le père Noël est passé.

Je les ai regardées s’asseoir sur le tapis. À chaque paquet, Margot disait : ouah, exactement ce que je voulais. La grande me jetait des coups d’oeil qui voulaient dire merci chaque fois qu’elle déballait un disque ou une vidéo. Je me suis allongée sur le canapé. J’ai pris une pâte d’amandes sur la petite table. Elle était rose et coincée entre deux cerneaux de noix. J’ai fermé les yeux et j’ai pensé au type du camion, à ce qu’il m’avait dit à un moment, que lui aussi passait ses vacances au camping de Lacanau, que ça faisait pas mal de temps qu’il emmenait les vélos et que c’était vraiment bien de rouler sur les aiguilles, de serpenter entre les grands pins, de déboucher sur la dune. Je me suis dit que ce serait drôle qu’on se croise là-bas l’été prochain.

Olivier Adam

« Passer l’hiver »

Éditions de l’Olivier

image http://mademoisellesacha2010.blogspot.com/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour nuit du 24 au 25

  1. Retour à la mélancolie et à la nostalgie. Profonde tristesse dans ce bouquin d’Olivier Adam, un écrivain d’une grande sensibilité qui avec maestria donne aux petits gestes de la vie quotidienne une dimension quasi spirituelle…

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