Veillée

Une autre source pour lui de fiévreux plaisir était de passer, l’hiver, de longues soirées avec les vieilles ménagères hollandaises, pendant qu’elles étaient assises à filer auprès du feu, avec une rangée de pommes rôtissant et bavant le long du foyer, et de prêter l’oreille à leurs merveilleux récits de fantômes et de lutins, et de champs où il revenait, et de ruisseaux où il revenait, et de ponts où il revenait, et de maisons où il revenait, et particulièrement du cavalier sans tête, ou Hessois galopant du Vallon, comme on l’appelait quelquefois. Il les charmait à son tour par ses anecdotes de sorcellerie, ainsi que par celles relatives aux horribles présages, bruits et apparitions sinistres dans l’air, qui étaient si fréquents dans les temps reculés du Connecticut, et les effrayait lamentablement avec ses spéculations au sujet des comètes et des étoiles filantes, et de ce fait alarmant que le monde tournait positivement sur lui-même et qu’elles avaient la moitié du temps la tête en bas !

Mais s’il y avait une jouissance dans tout ceci pendant qu’il était chaudement tapi dans le coin de la cheminée d’une chambre remplie de la lueur d’un rouge pâle s’échappant d’un pétillant feu de bois, et où par conséquent nul spectre n’osait montrer le bout de son nez ; elle était ensuite chèrement payée par les terreurs de son retour au logis. Quelles formes, quelles ombres effrayantes n’assiégeaient pas sa route au milieu des horribles et sombres lueurs que projette la neige pendant la nuit ! – De quel œil attentif il regardait le moindre rayon de lumière se détacher tremblotant de quelque fenêtre lointaine et ruisseler à travers les campagnes désertes ! – Que de fois il fut terrifié par quelque arbuste couvert de neige, qui, semblable à un fantôme dans son linceul, lui barrait le chemin ! – Que de fois le bruit même de ses pas sur la croûte de glace que foulaient ses pieds le fit reculer avec une crainte mêlée de respect qui glaçait son sang dans ses veines ! que de fois il redouta de regarder par-dessus son épaule, de peur qu’il ne vît quelque étrange créature marchant immédiatement derrière lui ! – et que de fois il fut plongé dans une complète épouvante par quelque furieuse rafale hurlant parmi les arbres, dans la pensée que c’était le Hessois galopant dans une de ses courses nocturnes !

Washington Irving

« Sleepy hollow »

« la légende du Val Dormant »

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505728

photo Fabien Chaffard 

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour Veillée

  1. Une autre belle découverte de Publie-Net. Un auteur que je ne connaissais pas mais qui m’a laissé une belle et décisive impression.

  2. Ping : Veillée : « Sleepy hollow » de Washington Irving | Publie.net | Scoop.it

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