une chasse au loup

La partie du bois, où devaient se trouver les loups, fut cernée par les chasseurs. Il faisait un froid glacial, le vent hurlait à travers les pins et me chassait dans le visage d’épais flocons de neige, si bien qu’à l’approche du crépuscule je pouvais à peine distinguer les objets à six pas de distance. Tout engourdi, je quittai la place qui m’avait été assignée, et je cherchai un abri plus avant sous les arbres. Là, j’appuyai contre un pin mon arquebuse, et, sans plus m’occuper de la chasse, je m’abandonnai à mes rêveries, qui me transportaient dans la chambre de Séraphine.

Bientôt plusieurs coups de fusil retentirent dans le lointain ; au même moment, j’entends un bruit dans le fourré qui réveille mon attention, et, à dix pas de moi, j’aperçois un loup énorme prêt à s’élancer. Je vise aussitôt et je tire, mais je le manque ! L’animal bondit vers moi avec des yeux pleins de rage… J’étais perdu si je n’avais conservé assez de présence d’esprit pour m’armer du couteau de chasse, que j’enfonçai profondément dans son gosier, de sorte que le sang rejaillit sur mon bras et sur mes mains.

Un des gardes-chasse du baron, qui était posté à l’affût près de moi, accourut en jetant de hauts cris, et, sur son signal répété, tout le monde se rassembla autour de nous. Le baron s’élança vers moi : « Au nom du ciel ! s’écria-t-il, vous saignez ! – vous saignez, vous êtes blessé ? » J’assurai le contraire. Alors le baron accabla de reproches le garde-chasse, mon voisin, pour n’avoir pas tiré sur la bête immédiatement après mon coup manqué. Celui-ci protesta de l’impossibilité d’agir ainsi, attendu que l’extrême rapprochement du loup m’exposait moi-même à être atteint ; mais le baron soutenait toujours qu’il aurait dû veiller sur moi, vu ma qualité de chasseur novice. – Cependant on avait ramassé la bête. C’était une des plus grandes qui eût été abattue depuis longtemps. On admira généralement mon courage et ma résolution, quoique ma conduite me parût fort naturelle, et que je n’eusse, en effet, nullement songé au danger de mort que je courais.

Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

« Le majorat »

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814505599

image http://lecoeuraunord.blogspot.com/2010/01/flash-dinformation.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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2 commentaires pour une chasse au loup

  1. Peu chasseur que je suis je tente de saisir toute la dangerosité du récit et la témérité du chasseur novice. Et le loup périt comme cela se doit d’être dans les histoires de chasse.

  2. brigetoun dit :

    surtout comme l’homme qio l’affronte est à la fois le narrateur et l’un des héros du texte

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