Inuit Nunat

Ce n’est que là où la côte commença à s’incurver vers l’ouest que les habitats cessèrent. La mer était remplie d’amas irréguliers de glace, ils passaient tantôt sur terre, tantôt à travers les fjords.

C’était un pays désert, peuplé seulement de bêtes sauvages qui leur fournirent d’abondantes provisions de route. Arluk inscrivait le pays dans sa mémoire de façon à pouvoir décrire son voyage aux autres dans les moindres détails. Il s’efforçait de conserver dans sa tête toute la longue route, depuis le moment où ils avaient quitté l’habitat de Kajaka jusqu’à ces contrées du Nord. Il essaya même de découper une carte en bois de ces pays, comme l’avaient fait les gens de l’Est, mais il ne possédait pas leur talent. Sa carte resta plate et incompréhensible, et cela ne ressemblait en rien à ce qu’il avait dans sa tête. Il parvenait cependant à dessiner son trajet dans la neige avec le manche du fouet, ce qu’il faisait de temps à autre afin que Nûtaq et ses deux filles s’en imprègnent.

Ils s’installèrent pour hiverner sur une langue de terre qui s’avançait dans la mer de glace, et, cet hiver-là, ils souffrirent beaucoup. Bien que la saison fut très avancée, ils ne trouvèrent pas la neige qu’ils avaient espérée. Si loin dans le Nord, les averses étaient rares, et, même au beau milieu de l’hiver, il y avait de grandes étendues sans neige. Lorsqu’ils voulurent construire une maison de tourbe, ils s’aperçurent que la terre, gelée jusqu’à de grandes profondeurs, était impossible à creuser. Aussi durent-ils se contenter de la tente en peau de caribou, qu’ils recouvrirent de pierres et du peu de terre qu’ils purent rassembler. Ce fut une maison d’hiver pitoyable, et ils eurent très froid, bien que la neige soufflée par le vent vint bientôt se poser comme une protection par-dessus.

Arluk et Nûtaq continuèrent à aller à la chasse même si, très rapidement, l’obscurité se fit totale. Ils repérèrent des déjections de boeufs musqués et de caribous, mais c’était comme si ces animaux avaient quitté le pays pour l’hiver….

Jørn Riel

« Arluk »

10/18

image (très approximativement conforme)

http://80joursvoyages.com/newsletter/groenland-parc-national/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour Inuit Nunat

  1. (…) dessiner son trajet dans la neige avec le manche du fouet… pour se souvenir. Saisissante image de la mémoire.

  2. ben moi, là j’ai froid après cette lecture…

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