Saint Flour

Saint-Flour : il y a un rappel de l’Italie dans la manière qu’a la ville de coiffer de ses tours la colline abrupte, dans le dessin spacieux de son esplanade, dans la belle pierre noire de ses hôtels aux courbes herbeuses, qui sont ceux d’une ancienne petite cité princière de l’Apennin ou des Abruzzes ; mais, dès qu’on quitte le sommet du plateau – sa cathédrale, son évêché, ses lourds bâtiments officiels carrés et l’arceau bas de leur porche, frais et ombreux comme le corps de garde d’une capitainerie de Castille – la dégringolade paysanne des ruelles de terre ravinées est pleine de chats errants et de traînées d’urine. Du haut de sa terrasse, par delà la coupure profonde du ravin, on découvre l’énorme dos de baleine de la Margeride qui court plonger vers le sud, les lourdes ombres de ses nuages glissant sur des sapinières plus touffues que celles des Vosges.

Julien Gracq

« Carnets du grand chemin »

José Corti

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Saint Flour

  1. Si tous les carnets de voyage ressemblaient à ceci… Merveilleuse propose de Gracq

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