le Mont Ventoux

Au jour fixé, nous quittâmes la maison et arrivâmes à Malaucène dans la soirée ; le village est situé au pied du mont au nord. Après y avoir perdu une journée, nous avons aujourd’hui, accompagnés chacun d’un serviteur, enfin gravi la montagne. Non sans de grandes difficultés : c’est une masse abrupte, presque inaccessible, de terre rocheuse. Mais, comme l’a si bien dit le poète,

« L’effort sans mesure vient à bout de tout. »

La longueur du jour, l’air léger, la vigueur de l’âme, la puissance et l’agilité des corps, et autres choses du même genre, venaient en aide aux grimpeurs. Seule la nature des lieux nous faisait obstacle.

Sur les pentes du mont, nous rencontrâmes un vieux berger, parvenu à la fin de son existence, qui s’efforça par tous les arguments possibles de nous faire renoncer à l’ascension. Lui-même, disait-il, plus de cinquante ans auparavant, cédant au même élan d’enthousiasme juvénile, était monté jusqu’au sommet ; il n’en avait rien rapporté que regret et fatigue, un corps et des vêtements lacérés par les roches et les ronces. Il n’avait jamais entendu dire que quiconque d’autre, avant ou après cette époque, eût osé la même chose. Mais il avait beau dire, l’âme des jeunes gens est sourde aux avertissements ; ses injonctions ne faisaient qu’augmenter notre désir de passer outre. Le vieillard, comprenant l’inutilité de ses efforts, s’avança donc un peu dans les rochers et nous indiqua un sentier abrupt, multipliant toujours les mises en garde ; il les redoublait que nous lui tournions déjà le dos. Nous lui avions confié tout ce qui, vêtement ou bagage, pouvait nous gêner, ne gardant que le strict nécessaire. Et nous voici partis, plein d’entrain. Mais comme il arrive souvent, à l’effort violent succède bien vite l’épuisement. Nous faisons donc halte sur un rocher, n’ayant que peu progressé. Puis nous nous remettons en route, mais plus lentement ; moi surtout, qui abordais désormais cette expédition en montagne d’un pas plus mesuré.

Pétrarque

«L’ascension du mont Ventoux »

et si Tite-Live lui avait inspiré cette expédition, pour imiter Philippe au mont Haemus, en haut, arès avoir admiré ce qu’il voyait, il lit Saint Augustin et médite (tant qu’il m’énerve)

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour le Mont Ventoux

  1. Ah! Témérité et impétuosité de la jeunesse si finement racontées par Pétrarque à travers la sagesse précautionneuse d’un vieillard.

  2. jeandler dit :

    A pied en vélo ou en voiture
    c’est une aventure
    qu’on l’aborde par me Nord ou par le Sud
    et tout au sommet
    la mer au loin qui brille…

  3. @ brigetoun : vous m’avez rappelé (et la photo est bienvenue) un article que j’avais écrit une fois sur le livre de Pétrarque, pierre inaltérable dans ce paysage.

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