Marseille

c’est l’été qui règne dans les images – la pierre blanche à goût de craie – le corps qui roule, épuisé dans tout ce blanc – la côte durement grimpée jusqu’aux immeubles, la dalle de béton qui brûle les semelles – on aime le bleu dur de la mer, resserré, compact – un bleu antique – un bleu austère – la mer du balcon, l’été, comme peinte : fixe à jamais, un empâtement bleu en relief sur la toile – autour, la ville est indécise – elle tremble dans une brume dorée, très légère – le ciel est pâle – la mer concentre les forces, la lumière, les regards : dans le tableau, on ne voit qu’elle – la mer nettoie le corps, sa transpiration – elle l’abandonne frais, le coeur battant, aux galets de la plage – sur la peau qui picote, on aime voir naître ces auréoles de sel – on les lèche sur l’épaule à petits coups de langue – les îles, l’été, sont blanches et nues comme des os dans le désert – des lames fines, qui tranchent net le bleu de la mer – on trouve quelque chose de triste, à ce blanc incandescent, ce bleu lourd de l’été : le silence – le père dit : le tragique – les fleurs dans les terrains vagues se fanent, l’herbe se dessèche, il n’y a pas d’ombre – la ville devient grise, la terre tombe en poussière – le moindre pas coûte, on a soif, on est accablé – de l’intérieur, terre, collines, ville, nous vient la fournaise – tous, on se tourne vers la mer – elle seule délivre la fraîcheur – tard le soir, après le coucher du soleil, on est sur la plage, silencieux – la mer chuchote, à nos pieds : juste un clapotis – elle semble lasse, comme nous – on aime sur son dos ces reflets roses, où disparaissent les navires, au loin – où s’adoucissent les traits rudes des îles – on trouve grand ce calme, après les heures de chaleur, de lumière, l’écrasement, la tension – il y a cette détente du corps : les pensées librement peuvent en sortir, vagabonder à la rencontre du ciel, des oiseaux – on est léger, tout s’ouvre : la peau, à nouveau lisse, élastique, qui se gorge de ce fond d’air un peu humide – on voudrait dormir là, sur les galets – mais que la nuit ne tombe pas – rester dans ces lueurs roses, et le bleu violet de la mer, le bleu violet du ciel – que rien ne bouge, ne bascule dans le noir – on n’aime pas la mer la nuit – la nuit et la mer, une masse énorme de noir – le père le sait – on rentre vite à la maison

Michèle Dujardin

«où s’arrête la terre »

 http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504233

image http://www.linternaute.com/photo_numerique/temoignage/temoignage/43137/plage-de-nuit/

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour Marseille

  1. La mer de laquelle viennent nos inspirations et nos élans nostalgiques. Un beau texte fort bien inspiré de ces lieux mythiques.

  2. micheline dit :

    « la mer, la mer,toujours recommencée
    O récompense après une pensée »

  3. Ping : Marseille | Publie.net | Scoop.it

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