soldat

En attendant, je te raconte. Nous sommes arrivés au poste avancé le mardi 20 en toute fin d’après-midi, presque de nuit. Les hélicos nous ont largués sur une petite plateforme en haut de la montagne, et sont repartis. On a passé la nuit à mettre en place des murs de protection Hebsco. Ce sont des cellules de deux mètres cinquante de haut sur un peu plus d’un mètre de large, qui sont liées les unes aux autres sur trente-trois mètres et qu’on remplit de terre. Aux endroits stratégiques on fait un carré de quatre cellules. Un projectile qui arriverait à pleine vitesse ne pourrait pas passer au travers et rentrer dans le périmètre. La barrière est en miettes si un camion le culbute, mais c’est tout mou, et ça absorbe le choc du camion. C’est une structure de mèches d’aluminium tendue d’un tissu à base de polypropylène. On les déploie à-même le sol et on remplit de terre. Ici il n’y a pas assez de terre disponible d’ailleurs, c’est du caillou : un hélico nous a largué des mètres cubes de terre pour remplir les cellules Hebsco. On a tout fait à la pelle. On a une petite pelleteuse mécanique, livrée en kit et montée sur place, mais elle n’a été active qu’à la fin de la nuit. Elle a servi sur la fin, surtout. Et pour creuser des trous pour nos casemates à l’intérieur du périmètre.

Le lendemain matin vers 10 heures on avait fini de sécuriser le camp. Comme on est arrivé de nuit, l’ennemi ne pouvait pas faire grand-chose, et quand il a commencé à bouger au lever du soleil on était déjà installés, il ne pouvait plus nous déloger.

Il n’y a rien là-bas : ni télé, ni internet, ni téléphone, aucun moyen de communication. On fait pas mal de sport. De la musculation, surtout, et un peu de foot. Pour l’instant personnellement je me tiens à mon programme de Tai Chi. Je travaille depuis un mois à une forme de cinquante mouvements. Je me concentre tout particulièrement sur la respiration, en essayant de bien maintenir ma langue contre le palais, de bien respirer par le ventre, le plus lentement et régulièrement possible. J’ai l’impression que depuis quelques séances j’arrive à mieux fluidifier les mouvements, qui sont plus automatiques et me permettent de libérer mon esprit pour la méditation. J’ai vraiment le sentiment que je suis moins stressé, maintenant.

Nicolas Morin

« mémoire vive »

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504714/mémoire-vive

image http://forerunner.bbactif.com

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour soldat

  1. Mon Dieu s’il ne suffisait que de la musculation et de quelques exercices de conditionnement physique pour contrôler le stress des guerres…

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