travail – groupe rock

Brusquement les flammes de milliers de briquets jaillirent du public plongé dans l’obscurité. La sono déversa les premières notes de la Damnation de Faust. Des fumigènes noyaient la scène d’un brouillard crayeux. Basse et batterie frappèrent en même temps. Deux sourdes explosions ouvrant la voie au piqué des guitares. L’intro de Rapid Fire. Les kids grondèrent de plaisir. Mais ce n’était rien à côté de la colossale ovation saluant l’entrée de Bob Hillford. Juché sur une moto chromée comme un vaisseau spatial, le chanteur peroxyde se planta devant le micro après un large dérapage contrôlé. Bardé de cuir grossièrement clouté, il entama aussitôt un longue supplique à l’adresse de Satan ou de sa progéniture. Une main glissée dans la boucle tête de mort d’une ceinture de chaînes, il brandit un poing de gladiateur invitant le public à reprendre en chœur un refrain débile. Philippe étouffa un bâillement dépité. Grotesque. Tout droit sortis d’une publicité gay, les musiciens invoquaient le diable sans conviction, jouaient derrière un masque de haine dérisoire. Après dix ans de soieries indiennes dans leur trou de Birmingham, ils avaient pris le train de la gloire en s’affublant de hardes punks… Bon coup de marketing pour un groupe comme il en existait certainement des milliers.

Phil s’enfuit aux toilettes et attendit la fin du show. Pupilles luisantes…

Dépouillé de sa tenue de matador sado-macho, Bob Hillford ressemblait à un étudiant studieux d’Oxford. Quelque chose dans le regard rappelait Lou Reed à l’époque où il fréquentait les travestis du Wild Side. Peut-être pour cette curieuse coupe de cheveux paille taillés au bol sur son crâne lunaire…

Désolé de ce retard. En sortant de scène, je dois absolument me faire masser, expliqua-t-il poliment. Deux heures de show, ça vaut un marathon…

Langlet acquiesça. Et finit par s’étonner de la lucidité du hurleur. Aucune illusion sur la valeur de son art. Bien heureux d’être sorti des laminoirs des Midlands pour courir de pays en pays en ramassant vite fait beaucoup plus d’argent que n’en gagneraient jamais ses copains de pub. Le reste n’était qu’artifices, un spectacle à consommer sur place, un shoot de plaisir offert aux gosses. Ils évoquèrent respectueusement les grands ancêtres. Fervent admirateur d’Iggy Pop, Hillford espérait fermement déclencher un jour chez ses fans la même hystérie sauvage.

Michel Embareck

« sur la ligne blanche »

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504455

image http://www.festival-artec.fr/fr/Festif/Concerts/Concert-Rock-95.htm

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour travail – groupe rock

  1. Derrière les rideaux, les artifices que parfois on refuse de voir ou qui ne nous sont pas donnés à voir.

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