peindre

C’est après sa visite que j’ai commencé à travailler les traces, sur une toile de deux mètres sur quatre. 

Une petite portion de sol, un mélange de terre, d’herbes et de cailloux, l’herbe foulée, la terre enfoncée par endroit sans que l’on puisse définir l’origine de ces marques (insectes, oiseaux, chiens, humains, j’imagine), prenait toute la place. Un moment figé dans le temps, sans personne. Mais l’instant précédent ou l’instant suivant, quelque chose ou quelqu’un est passé, passe, passera, il suffirait de tourner la tête de quelques centimètres à gauche ou à droite pour apercevoir un talon ou l’extrémité d’une queue. 

Cela parlait d’un endroit précis à la périphérie de B., un endroit désertique, une bande de terre entre la route et le parking d’une grande surface où je m’asseyais souvent pour grignoter. En fermant les yeux, je m’y voyais. J’entendais les bruits de moteurs de voitures, les bribes de discussions des clients, les froissements de sacs pliés ou dépliés, les claquements de portière ou de coffre, le roulement de roues de chariots, les sonneries de téléphones portables, les tintements de bouteilles entrechoquées. 

En bordure. Un titre clin d’œil, bien sûr. Comment savoir où se trouve le bord des choses, et s’il n’est pas, trompeusement, en plein milieu. La bordure compte autant que le reste, peut-être même plus, puisqu’elle désigne le centre en plaçant sa limite. Sur quoi mes yeux devaient-ils porter ? Si je regardais Candide derrière Juan, et si je regardais la frange inhabitée d’un parking fréquenté, je regardais les mêmes faces d’un même cube… un cube rond comme la terre…

Christine Jeanney

« Voir B. et autour »

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502819

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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3 commentaires pour peindre

  1. À l’heure tardive où les esprits recherchent le calme je ressens un court frisson à la lecture de ces mots

  2. Arlette dit :

    Pensé à Nicolas de Staël et aussi un peu fugitivement à Séraphine ou à tout peintre sensible

  3. Ping : « Voir B. et autour », de Christine JEanney | Publie.net | Scoop.it

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