travail – taxis

Ce ne fut pas avant de quitter Wells Lane, pour gravir le chemin cahoteux entre Mill Hill School et ses terrins de sport, que Dave se rendit compte qu’il n’avait pas répondu au client. Il songea à remédier à ce manquement, mais il était trop tard pour quoi que ce fût d’autre qu’un chaleureux : « Eh bien, vous y voici, monsieur, là-haut sur les hauteurs. S’il était seulement un peu plus tôt, je vous suggérerais de faire une promenade après votre réunion. D’ici on peut voir presque tout le nord-ouest de Londres, et jusqu’au centre ville. » Le client se contenta de grogner, examina son papier froissé, puis s’écria : « C’est ici ! » tandis qu’ils arrivaient au niveau d’un cantonnement prospère. Le ballot de Burberry souleva sa serviette d’un geste sec avant de s’extraire du véhicule. Debout près de la vitre du chauffeur, il farfouilla dans le portefeuille en peau de porc qu’il avait tiré d’une poche intérieure à la façon dilatoire exaspérante d’un étranger examinant chaque billet comme s’il n’était pas tout à fait sûr qu’il ait une quelconque valeur – sans parler de sa valeur nominale. Dave voyait son pourboire sérieusement s’amenuiser. Les Américains qui avaient l’habitude de Londres donnaient de bons pourboires ; les nouveaux arrivants s’en souciaient rarement – ils ne comprenaient certainement pas que vingt pour cent étaient considérés comme parfaitement acceptables pour un taxi noir. Tout de même, vingt-cinq billets au compteur, et qui sait si… « Est-ce que vous n’aimeriez pas que je vous attende, monsieur ? Je peux arrêter le compteur si vous n’en avez pas pour plus d’une heure. » Le client consulta sa montre avant de répondre : « Non, merci, je vais en avoir pour nettement plus lontemps. » Il tendit l’argent, un billet de dix et un de vingt, puis hésita tandis que Dave cherchait la monnaie dans son sac, l’ondoiement digital tournant et retournant les disques de métal, puis : « Gardez la monnaie, taxi. 

Merci beaucoup, monsieur, merci infiniment ! » Considérez-vous comme chez vous ! Considérez-vous comme u membre de la famille ! Nous nous sommes tellement pris d’amitié pour vous ! C’est clair ! Oui ! On va s’entendre ! Dans le regard plein de mépris amer qu’il portait sur lui-même, Dave se vit sautant du taxi pour danser la gigue dans les flaques sales, sautillant et projetant des éclaboussures, les manches relevées jusqu’aux coudes, tirant sur la visière de sa casquette qui lui faisait office de mèche frontale.

Will Self

« Le livre de Dave »

traduction par Robert Davreu

Éditions de l’olivier

image http://cel2307.canalblog.com/archives/2009/02/15/12547683.html

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour travail – taxis

  1. Petit scène de la vie quotidienne qui pourrait être banale mais qui, sous l’angle de son auteur, sort de l’ordinaire et devient presqu’un exploit : danser la gigue dans les flaques sales, sautillant et projetant des éclaboussures

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