Voyager – avion

haillon percé de mille déchirures

comme si l’avion survolait une de ces peintures un de ces jeux graphiques où de droite à gauche l’une des couleurs prend peu à peu la place de l’autre l’envahissant par fractions grandissantes chaque élément contraire en quantités égales au centre de la toile puis

l’inverse à présent ; lambeaux s’étirant en longs chapelets parallèles (quel formidable glacier tonnes d’années glissant lentement laissant en se retirant..) sombres sur l’étendue scintillante à perte de vue

colonnes processions de pèlerins cheminant fantastique armada cinglant vers

million d’années aux épaisseurs bleuâtres rampant rabotant dans un formidable silence peuplé de formidables craquements le granit poli milliers d’îles milliers de golfes de baies de criques où s’arrondit la mer couleur d’huitre

Claude Simon

« Archipel »

ou

D’avion, le Kazakhstan offre à perte de vue une surface ocre, sans relief apparent, sans une ville, sans un village, sans même une ferme, une route, un sentier. La seule manifestation d’activité humaine c’est, à un moment, une voie de chemin de fer qui s’étire, absolument droite, comme tracée à la règle, sans une courbe, sans même la plus légère inflexion, venant apparemment de nulle part et ne menant nulle part, comme le rêve absurde d’un ingénieur fou. Ici et là apparaissent des étangs (ou peut-être des lacs : comment savoir de si haut ?…), la plupart de forme à peu près circulaire. Lorsque les rayons du soleil se reflètent à leur surface elle est semblable à de l’étain, une taie sur un oeil d’aveugle (gelés?). Au dessus, à perte de vue également stagnent à intervalles réguliers des rangées de petits nuages, ronds aussi et de taille égale, alignés comme une armée en ordre de bataille. À leurs ombres fixes sur le sol où elles répètent la même formation militaire o, se rend compte qu’aucune dérive, qu’aucun vent ne les entraîne.

Claude Simon

« Le jardin des plantes »

A propos brigetoun

paumée et touche à tout
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Un commentaire pour Voyager – avion

  1. Récits de voyages qui nous font oublier ce petit canton d’humanité (Yourcenar) qui nous habite et qui rend parfois tellement limités nos rêves fous d’évasion.

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