Carnets

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Le laurier-rose est en mauvais état. Pour les géraniums, cela devrait aller. Quelques fleurs de glycine, encore, et les marguerites d’automne qui commencent. Temps orageux : on sent la ville encore appesantie dans l’été. Elle ne fait pas son bruit habituel, mais pas le bruit d’un dimanche non plus.

ooOoo

Nuit. Mais ici, la nuit c’est seulement volets fermés : la véranda devient un cube blanc.

ooOoo

Impression que je ne peux retourner, être en phase avec «mon moi» intérieur. Trop de dehors alors ? Mais depuis juillet je vis en ermite. Ou le moi intérieur vide ?

Le poème fait irruption de là, à l’occasion d’une collision avec l’extérieur. Si le rapport au dehors est lisse, on en reste à l’épiderme, on arrange des mots. Ils peuvent être écrits, publiés, ils coulent, aussi transparents et oubliables que la vie de tous les jours.

Voilà peut-être, à moins de se forcer la main, pourquoi on écrit parfois moins avec l’âge : la coquille est devenue trop épaisse, ça n’attaque plus au cœur de langue, ou bien on n’a plus la force d’accepter la lutte et on reste sur les positions acquises, la pile de livres faits.

Cela, vieillir ?

Pourtant j’ai l’impression qu’il reste de la mémoire, de l’interrogation, de la jouissance qui n’a pas fini de se dire. Alors quoi ? C’est comme ne plus avoir accès au tumulte interne, aux fourneaux, tout en sachant très bien qu’ils continuent de brûler en veilleuse, dedans.

Admettre une fois de plus que le poème va de soi, donc indécidable et non-volontaire, fondamentalement éruptif. Mais la perspective d’être un volcan éteint n’a rien d’attirant.

ooOoo

Sûr : le poème ne vient pas de la pensée. Il peut contenir de la pensée, dans ce qu’il charrie, mais il n’est pas de cet ordre. La pensée utilise comme des briques de mots, des Lego de langue qu’elle assemble pour se construire. Le poème fige la langue dans le temps où il passe, une traînée de fumée, un coagulé de vie-langue. Ce n’est pas du même ordre, cela ne relève pas du même mode de création.

Dire que le poème est un élan du corps et de la langue qui n’aboutit pas à de la pensée ? Un avorton de pensée ? Ou bien une ligne de développement autre qui, dans une logique darwinienne, en serait resté à un état primitif à conserver, non directement utile au développement de l’espèce, mais à sa survie ?

Antoine Emaz

«Cuisine»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504356/cuisine

À propos de brigetoun

paumée et touche à tout
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Une réponse à Carnets

  1. Pourtant j’ai l’impression qu’il reste de la mémoire, de l’interrogation, de la jouissance qui n’a pas fini de se dire
    ooOoo
    Le grand drame de vieillir

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