Tokyo au crépuscule

Quand je me lève enfin, les brumes du crépuscule descendent sur la ville.

Les tours scintillent des vies qui s’y terrent. Chacun s’est vu attribuer son volume de bien-être cubique, en fonction de son utilité à la société, où il peut espérer obtenir une température constante de 20° Celsius, quand le thermostat affolé n’emporte pas vers de vertigineux excès, quand la température extérieure ne descend pas follement, sous des prétextes aussi fallacieux que le ralentissement du Gulf Stream alourdi de pétrole, où lui est garantie l’aération automatique (puisque les fenêtres ne s’ouvrent pas, vous me suivez ?), et dans quoi il pourra ranger tout ce qu’il souhaite entasser des éclats de son existence déchue (sacs en plastiques, tickets de métro, livres jamais lus, stylos desséchés par le temps, oreillers jaunis des nuits sans sommeil).

Je ne sais pas si la brume descend, si, comme je le crois, elle se détache des nuages pour nous recouvrir d’oubli et de silence (du moins au crépuscule), ou si elle se lève, monte de la terre par quelque subtile métamorphose chimique des états de la matière, et nous noiera tous.

Isabelle Pariente-Butterlin

«Carnets lointains»

http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504202

image http://forsun.eden.free.fr/blog/?tag=japon

À propos de brigetoun

paumée et touche à tout
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Une réponse à Tokyo au crépuscule

  1. Arlette dit :

    Si loin des images de brume sous les pins des lettrés …

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