(Les yeux exorbités vers les hauteurs inaccessibles)
Dans une eau noire ai-je plongé, ô Dzamala,
Dans une eau noire ai-je coulé,
J’ai suffoqué, suffoqué, atteint le fond
Dans une eau noire ai-je vu, ô Dzamala, la plus belle des plantes,
Elle était des plus vertes, elle était des plus blanches,
Je l’ai humée, ô Dzamala, je l’ai humée.
L’eau s’est ouverte, fendue. L’eau s’est ouverte et m’a donné à l’arc-en-ciel.
Dans une eau noire ai-je coulé, dans une eau noire ai-je sombré,
Dans l’eau noire des cadavres, ô Dzamala,
Dans l’eau noire des corps qui se décomposent…
Dzamala, ô Dzamala.
La meute s’écroule contre l’amas de cadavres et caresse la plante. Elle est des plus vertes, elle est des plus blanches. Ô Dzamala nous fumerons toutes les ordures de la terre.
Des clameurs sur les décombres.
Des hommes sont là qui pistent la meute. Ils viennent de la ville inondée. Ils viennent de la ville pillée, violée, tuée. Vois Dzamala, vois…
Ils fouillent dans les décombres, soulèvent les pierres. Ils creusent dans les ordures et y découvrent les galeries. Ils creusent dans les ordures et y découvrent les abris. Des enfants, les tiens, ô Dzamala, qui se réveillent en sursaut… Des enfants que la multitude massacre à coups de machette et de sabre… Ils mettent le feu et les ordures flambent. Les ordures. Tous ses habitants. Hagarde, enivrée, la multitude redescend à toutes jambes vers la ville inondée.
Dzamala, ô Dzamala, planes-tu encore ?
Raharimanana
«Rêves sous le linceul»
Collection Motifs
Le Serpent à plumes
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